La première chapelle et la première église de Champlain avant 1699

par René Beaudoin(1)

Les recherches historiques effectuées par Claude Durand permettent de croire qu'à Champlain, il y a eu cinq lieux de culte, et non pas seulement quatre comme le proposaient les premiers historiens de Champlain. Le problème concerne la période d'avant 1699. Y a-t-il eu un ou deux lieux de culte avant 1699 ? Y avait-il une église à partir de 1666, c'est l'hypothèse de Sœur Marguerite-Marie(2) , voire 1664 ou 1665, ou y a-t-il eu d'abord une première chapelle de 1664/65 à vers 1671, suivie d'une première église de vers 1671 à 1699 ? C'est à cette dernière conclusion que Claude Durand est parvenue et qui nous semble la plus vraisemblable, même si les documents sont plutôt rares.

 

La première chapelle (1665-v1671)

À partir du moment où il y a des premiers résidents permanents à Champlain, en 1664, il faut aménager un premier lieu de culte, ce qui sera fait en 1664 ou l'année suivante. Quelles sont les preuves de l'existence de cette première chapelle ? Normalement, nous aurions dû pouvoir compter sur les registres paroissiaux, mais il n'existe plus rien avant 1679. Les registres paroissiaux de 1664/65 à 1679 étaient déjà disparus en 1871 lorsque Mgr Cyprien TANGUAY est venu faire le relevé de nos registres pour la publication de son dictionnaire généalogique(3) . Même s'ils sont disparus, les registres de 1664/65 à 1679 ont bel et bien existé : le notaire Sévérin Ameau écrit le 22 septembre 1666 que onze mois auparavant, le 22 octobre 1665, Laurent Gouin et Marie Gallien s'étaient mariés ce jour-là en la chapelle du fort de la Touche(4) . Le fort de La Touche a été érigé en 1664 . En 1934, le Père Archange GODBOUT, o.f.m.(6), expliquait ceci :


" Les registres de cette paroisse actuellement conservés commencent en 1679, mais il en a existé de plus anciens. La M. Marguerite-Marie, dans son Histoire de Champlain (I, 108), cite un "extrait des Registres des baptêmes faits en la paroisse de Champlain" du 4 mars 1669. Ces registres ont dû s'ouvrir dès 1665, année où Étienne Pezard de la Touche accorda de multiples concessions dans sa seigneurie. Au nombre des béficiaires figurent Antoine Desrosiers, François Chorel et Pierre Dandonneau. Les actes concernant leurs familles cessent aux Trois-Rivières le 30 avril 1664 pour le premier, le 15 décembre pour le second et le 4 janvier 1665 pour le troisième. Gabriel Benoît et René Houray, autres concessionnaires, habitaient Champlain lors de leur contrat de mariage reçu par Latouche, notaire, le 26 octobre 1665. Or, leur acte de mariage ne se retrouve pas, non plus que les actes de baptême de leurs enfants avant 1681. "

Il n'existe pas de description de cette chapelle. Claude Durand émet l'hypothèse que cette chapelle devait "être dans un coin réservé" ou dans une pièce d'une habitation(7) . C'est tout-à-fait vraisemblable puisqu'il en fut ainsi à Batiscan, preuves à l'appui : comme l'écrit Claude dans un autre texte, c'est dans le logis de Nicolas Rivard dit La Vigne, lieutenant de la milice de Batiscan, "que la communauté [de Batiscan] se réunissait pour suivre les offices religieux célébrés irrégulièrement, il va sans dire, par les missionnaires de passage. C'est probablement aussi chez ce lieutenant de milice que Mgr de Laval [fit les confirmations] en 1669."(8) À Batiscan, cette chapelle domestique a existé entre quatre et huit ans, de 1666 jusqu'à 1670/74.

1. Ce texte a été écrit grâce aux contributions de Claude Durand, Daniel Laganière et Jean Turcotte. Les quatre forment le Comité de l'église de Champlain, un comité officiel de la Fabrique paroissiale de Champlain, mandaté pour assurer la conservation et la mise en valeur de l'église actuelle et son patrimoine.
2. Eugénie LASSALLE (Mère Marguerite-Marie), Histoire de la paroisse de Champlain, tome 1, 1915, pp. 93 et 455.
3. Mgr TANGUAY écrit à la page 601 que les actes les plus anciens qu'il a consultés datent de 1679. Cyprien TANGUAY. Dictionnaire généalogique des familles canadiennes, Premier volume, Depuis 1608 jusqu'à 1700, Montréal, Eusèbe Senécal, 1871, p. 601.
4. Claude DURAND, Les cimetières de Champlain, chez l'auteur, 1994, p. 9.
5. Voir mon article sur le sujet dans Le Postillon, septembre 2002, pp. 15-16. Jean-Pierre CHARTIER a établi que le fort était aux environs de l'avenue Lefrançois actuelle, et non à l'est de la rivière Champlain comme l'avait cru Mère Marguerite-Marie dans son Histoire de la paroisse de Champlain, tome 1, 1915, p. 56, repris par Eddie Hamelin, dans La paroisse de Champlain, 1933, p. 12, ainsi que par Marcel TRUDEL, dans Le terrier du Saint-Laurent en 1674, Tome 1, 1998, p. 382. / Jean-Pierre CHARTIER, Fiefs et seigneurie de Champlain, Une approche géographique et chronologique de l'évolution de l'espace champlainois, Montréal, Histoire Québec, 2005.
6. Archange GODBOUT, Les pionniers de la région trifluvienne (1ère série : 1634 à 1647), Trois-Rivières, Bien Public, 1934, p. 7. Au Cap-de-la-Madeleine, des registres ont aussi été perdus. En 1871, Mgr Tanguay n'avait trouvé que des registres commençant en 1687. Plus tard, dans un encan, furent trouvés les registres de 1673 à 1680. Selon toutes vraisemblances, les registres du Cap commencent en 1660, mais le registre de 1660 à 1673 est introuvable. La disparition date probablement de très loin : déjà en 1748, l'abbé De La Villangevin écrivait avoir trouvé les registres "très mal en ordre, déchirés et perdus" et que le missionnaire du lieu devait "faire tout son possible pour recueillir et arranger les registres de ses prédécesseurs." Dans Maurice LORANGER, 300e, Aperçu historique de la paroisse Sainte-Marie-Madeleine du Cap-de-la-Madeleine, Cap-de-la-Madeleine, Comité du tricentenaire, 1978, p. 54. On peut imaginer qu'il en fut de même à Champlain.
7. Claude DURAND, Les cimetières, p. 9. S'il n'y avait pas de manoir dans le fort, comme le propose Jean-Pierre CHARTIER, op. cit., l'idée reste la même : la chapelle était sans doute dans une habitation du fort.
8. Claude DURAND, "Chapitre II, Églises, presbytères et curés de Batiscan", dans Collaboration, Histoire de la paroisse Saint-François-Xavier de Batiscan 1684-1984, Trois-Rivières, Bien Public, 1984, pp. 28-29.