La première église de Champlain fut construite vers 1671 ou après, c'est ce qu'en conclut Claude Durand après la relecture des documents(1). Du moins, elle existait déjà en 1676. Il n'existe pas de documents attestant la construction de cette église vers cette année-là, mais quelques indices permettent d'y croire. D'abord, le premier marguillier a été élu en 1671, on peut donc supposer que la première église a été construite peu après. L'élection de marguilliers devait coïncider avec la construction d'un lieu de culte; il en fut ainsi à Batiscan(2) . Deuxième indice : Le terrain sur lequel fut construite cette église a été donné en 1676. Le notaire Genaple mentionne que l'église est déjà construite(3) . Troisième indice : Dans l'inventaire de 1687, l'abbé Dupré, curé depuis 1678, mentionne qu'il a acheté le tabernacle de l'église(4) , donc après 1678. Comme l'explique Claude(5) , le meuble le plus important d'une église est le tabernacle. Ces deux derniers indices nous rapprochent donc davantage de 1671 que de 1664-1666.

En 1683, Mgr de Laval dresse l'état des missions du Canada et sur Champlain, il écrit ceci :
" il y a une chapelle de bois qui a 55 pieds de long sur 25 de large "(6) .
En 1687, son successeur, Mgr de Saint-Vallier, dresse à son tour l'état de l'Église de la Nouvelle-France et il révèle qu'entre Québec et Trois-Rivières, les églises avaient un toit de chaume(7) :


"Quelque temps après je passai à Montréal, éloigné de Québec d'environ soixantes lieux : je visitai sur ma route toutes les églises que j'y trouvai des deux côtés de la rivière [fleuve]; celle d'une petite Ville qu'on appelle les trois-Rivières, et qui est fermée de pieux, fut la seule qui me donna de la consolation; toutes les autres étaient ou si prètes à tomber en ruine, ou si dépourvues des choses les plus nécessaires, que la pauvreté où je les vis m'affligea sensiblement; et je ne doute pas que si les personnes de piété qui sont en France, avaient vu comme moi ces lieux saints, couverts de paille, tout délabrés, sans vaisseaux sacrés et sans ornements, elles n'en fussent vivement touchées, et qu'elles n'étendissent leurs aumônes jusques là, pour y faire célébrer les divins mystères avec décence."

 

Selon Claude, il y avait une sacristie renfermant un autel, une armoire et un coffre. La sacristie n'était pas nécessairement en annexe, ce pouvait être un espace derrière le maître-autel. Pour le moment, le nombre de bancs n'est pas connu, nous savons tout au plus que les espaces concédés mesuraient quatre pieds de long par trois pieds de large. Il y avait également un banc d'œuvre pour les marguilliers et un banc pour le seigneur et sa famille.

 

Sous cette première église furent inhumées deux personnes en 1683 , trois en 1684, une en 1688 et une dernière en 1698. En 1676, le seigneur Pézard de la Touche fit donation du terrain où se trouvaient déjà l'église, le cimetière et le presbytère (Contrat Genaple 1684).

Le clocher de bois abritait une cloche pesant 120 livres. Cassée, elle sera remplacée en 1685-86 par une autre pesant 194 livres.

Il n'existe aucune représentation de cette église. Peut-être ressemblait-elle à cette chapelle en colombages dessinée vers 1686 et attribuée au P. Claude Chauchetière (1645-1709).

On retrouve ce dessin sur le site de la Collection des Archives départementales de la Gironde, Bordeaux, France (voir l'adresse web dans nos liens).

1. Dans son livre sur les cimetières en 1994, Claude reprenait l'hypothèse avancée par Mère Marguerite-Marie à l'effet que la première église date de 1666. Il n'existe pas de documents attestant la construction en 1666, ni même en 1664 ou 1665 ou 1671. Après la relecture des documents, Claude conclut que ce serait plutôt vers 1671.
2. Claude Durand, "Chapitre II", pp. 29-30.
3. Donation devant le notaire Genaple, dans Claude DURAND, Les cimetières, p. 13.
4. Mère Marguerite-Marie, tome 1, p. 183.
5. Diverses conversations en février et mars 2006, en préparation au nouveau site web de l'église (disponible prochainement).
6. "Plan général de l'état présent des missions du Canada", Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec, Volume 1, Québec, A. Côté, 1887, pp. 122-123. / Mère Marguerite-Marie, tome 1, p. 114.
7. "Lettre [État de l'Église en 1687]", Idem, p. 206. / Mère Marguerite-Marie en fait allusion sans y référer, tome 1, p. 455.

 

 

Voici deux cartes qui permettent de localiser la première église.
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En se référant à certains documents d'époque, voici à quoi pouvait ressembler cette première église de Champlain.

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Patrimoine de la première église

De la première église (v1671) sont conservés un tableau du Frère Luc, une lampe du sanctuaire en bois, possiblement la plus ancienne au Québec, un buste d'une statue de Notre-Dame-de-Bonsecours, antérieure à 1685. De cette époque date aussi une gravure du Baptême du Christ, oeuvre de Gérard Audran, une des deux plus anciennes au Québec; cette gravure avait été acquise pour la troisième église.

 

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Ce tableau de l'Immaculée-Conception, attribué au frère Luc, récollet (Claude François, 1614-1685), peintre français nommé " peintre du Roi ", est mentionné dans l'inventaire de 1687. L'encadrement mouluré est de style Louis XIII. Cette huile sur toile et son encadrement ont été restaurés en 1994 par Patrick Legris, restaurateur de Montréal.

 

 

 


Une lampe du sanctuaire en bois. L'archidiacre Louis Ango de Maizerets, en visite à Champlain en 1685, signale l'importance de la garder constamment allumée . Elle est mentionnée dans l'inventaire de 1687. Le curé Paul Rainville (1960-1976) la fit transformer en fonts baptismaux en 1965 . Elle a fait l'objet d'une demande de restauration placée en 1999 à la Fondation du patrimoine religieux du Québec, et d'une expertise positive par les restaurateurs du Centre de conservation du Québec le 20 février 2001. Il ne resterait que cinq (5) ou six (6) de ces lampes du sanctuaire en bois dans toute la province. Elle serait peut-être la plus ancienne au Québec.

 

 

 

La tête d'une statue de Notre-Dame-de-Bon-Secours. L'archidiacre Louis Ango de Maizerets, en visite à Champlain en 1685, la mentionne . Elle a orné la façade de la deuxième église (1697-1699) et de la troisième église (1807-1808). Placée au cimetière après la démolition de la troisième église en 1878, elle a été donnée ou vendue à un ingénieur montréalais pour un musée entre 1917 et 1933 . Les archives paroissiales ne conservent aucune trace de cette transaction. Vers 1797, la glace de la débâcle se serait arrêtée au pied de cette statue, épargnant l'église de la destruction, ce qui fut interprété par certains paroissiens comme un miracle . Cette statue, ou du moins ce qu'il en reste, a été retracée au Musée du Château Ramesay de Montréal qui a prêté l'objet pour exposition dans l'église.

 

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